jeudi 28 janvier 2010

Soir

« Le soir est la meilleure partie de la journée
C'est le moment où l'on peut s'arrêter et contempler. »
Avant de reprendre sa route
Avant de reprendre ses occupations

Tout peut encore changer au cœur de la nuit
Avant le sommeil
Avant cet autre jour
Avant ce matin que je ne verrai pas.
Puis la journée passe et défile de ses minuscules changements
Un arrêt au moment où le soleil se couche
Tout peut encore changer
Tout peut redevenir possible
De ce qui, le matin ne l'était pas.

Ce ne sont que quelques tournants
Réduits du temps qui a passé
D'autant plus réduits
D'autant plus restreints
Que ce que j'ai vécu n'était motivé
D'aucun choix.
Coucher de soleil :
Sera ma nuit comme la journée que j'ai manquée ?
C'est ce que me rappelle la nuit qui tombe
Sur la Spree qui déjà noircie s'étend
Encaissée entre des bâtiments.

Le ciel embrasé
Du rouge à l'orange
Annonce une nuit qui vient
Trop tôt
Offrant son choix
Niant toute velléité.
Que sera ma nuit ?
Le ciel n'est que touches de peintures
De couleurs improbables,
Ambrées
Invitant à l'arrêt,
A la suspension ;
Le ciel borde le soleil
Libérant à la nouveauté.



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lundi 4 janvier 2010

Bonne année !!

Avec un peu de retard, je te souhaite, cher Lecteur, une très belle année 2010 ! Qu'elle t'apporte tout ce que tu souhaite ! Quant à moi, je prends la bonne résolution de poster plus souvent !!
A très bientôt pour le prochain texte (je le corrige en ce moment !).

Céline

dimanche 6 décembre 2009

Utopie

J'aime les magasins magiques. Ce sont des magasins où l'on est pas obligé d'acheter pour repartir avec ce dont a besoin. Parfois on a juste payé avec un peu de temps. Parfois, on a juste laissé des objets dont on n'a pas besoin qui feront le bonheur de ceux qui passeront après.
Je déteste les supermarchés, avec un choix si important de denrées qu'on ne pourra pas s'offrir. Avec son ratio remarquable de chômeurs, comment Berlin fait-il pour s'offrir autant de grandes chaînes et comment font-elles pour de ne pas produire plus de sans emploi ?
J'aimerais qu'il existe un magasin qui proposerait le nécessaire pour un individu moyen. Non pas quinze ou vingt sortes de yaourts, mais deux. Pour la première, ce ne serait que des yaourts natures, simples, peu onéreux, mais à la qualité certaine. Au client de rajouter sa confiture, ses fruits, ses pépites de chocolat ou son müesli. A chaque repas, il créerait sa propre recette. Pour la seconde, ce serait une seule sorte de yaourts fabriqués dans la région (dans un rayon inférieur à cinquante kilomètres), vendus en emballage réutilisable, consigné que le client ramènenait lors des achats suivants. Ce rayon de cinquante kilomètres développerait l'industrie agro-alimentaire de petite échelle de la région, diminuerait la pollution générée par l'importation de produits. La première catégorie participerait à l'élaboration d'échanges commerciaux à une plus grande échelle. Les deux types de produits permettraient de proposer une marchandise peu chère.

Le propriétaire du magasin serait un homme heureux. Il serait en contact avec des producteurs, non simplement avec des centrales d'achat, plaques tournantes d'humains et d'objets. Il créerait directement des emplois.
Ses employés seraient aussi heureux. Ils auraient du temps pour prendre soin des clients, connaître leurs habitudes, les conseillers.
Le client serait aussi une personne heureuse. Il ne serait plus l'individu x ou y, répertorié dans la catégorie : « achète des yaourts, des couches et du liquide de refroidissement ». Non. Il serait Monsieur Dupont ou Madame Dupuis qui sourit en saluant et qui vient tous les mardis. Mais qui n'était pas là la semaine dernière. « Etiez-vous malade ou bien en vacances ?
Ni l'un ni l'autre, je vous avais fait une infidélité, mais me voici de nouveau. J'aime venir ici. »
Le client serait heureux ; il ne perdrait plus de temps à choisir son yaourt, ce temps si précieux qu'il réserverait à des activités plus enrichissantes. Le clients serait heureux, il ne serait plus frustré chaque semaine par tous ces produits censé le définir.

Bien sûr, il ne trouverait pas tout dans cette boutique. Bien sûr, il ne pourrait pas tout s'offrir. Mais il serait acteur de son magasin. Il pourrait demander tel type de produit. Il ramènerait ses emballages et participerait à préserver l'environnement pour ses enfants, ses neveux et nièces, les enfants de l'école du quartier. Il serait responsable du monde qu'à chaque instant il créerait. Il y aurait sa place active.

Peut-il y avoir du bonheur dans un magasin ? Le tableau semble idyllique et naïf. Mais de quoi a-t-on besoin réellement ? N'est-ce pas déjà cette question, la première étape à la félicité ? Ces affiches vantant la satisfaction d'acheter des denrées qu'on ne peut s'offrir à moins de s'endetter ne bradent-elles pas le bonheur ?


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dimanche 15 novembre 2009

Nictalope.

C'était avant les pluies. L'air était sec. Les sons se répercutaient étrangement. Je m'arrêtai sur le pont. Déjà le rose du ciel était embué par le noir de la nuit, froissant la ligne d'horizon. Les rythmes du temps se superposaient, s'emmêlant.
Sur la route, les camions et les voitures se croisaient. Les vélos, avec leur tempo plus lent, avançaient inexorablement de l'autre côté, grimpant puis redescendant. Les passants affairés ne parvenaient pas à suivre. Plus lentement, ils allaient eux aussi, arpentant cet espace en suspension.
Et la nuit embuait le ciel. A l'horizon, les voies des S-Bahn lançaient une invitation à voyager. Partir dans cette nuit tombante pour arriver au matin à l'ouest. Ou, simplement, revenir d'un de ces itinéraires circulaires, épuisé, au point de départ, où l'on avait rêvé d'un exotisme qui ne viendra plus.

Sur le terre-plein, un couple discute, insouciant du passage incessant, bruyant, qui l'entoure. Insouciant du temps. Pour l'instant, ce couple n'existe que pour lui. Chacun n'est concentré que sur l'autre. Plus rien n'a prise, si ce n'est le regard qu'ils se portent, réciproquement. Ils sont perdus dans leur discussion, perdus au cœur de la ville. Ils ont créé leur no man's land. Leur présence réciproque a créé un mur infranchissable. S'en approcher conduirait à l'indiscrétion tant leur félicité est grande.
Sous mes pieds, les S-Bahn passent. Totalement arythmiques, arrivant et repartant, ils produisent des syncopes dans la partition de la ville. Ils ponctuent le mouvement plus régulier des moteurs que les voix contre-pointent par moment, au gré des passages. L'entrechoquement des roues métalliques sur les rails fait silence le temps de recracher son quota de voyageurs. Qui remontent à la surface du pont. Puis traversent, non pas une foule, mais un attroupement de groupuscules. Ces duos, trios, quatuors sont absents au passage qui les traversent, l'absorbant. A un moment, je devrais me diriger vers ce groupe. Mais comment se mouvoir vers cette entité inquiétante et multiple ?
La nuit ingère elle aussi le jour. Le rose laisse toujours plus de place au noir de cette nuit qui vient. Il est déjà devenu prune, et va sauter vers puce.
Le couple se lève. Leur espace s'ouvre sur la ville. Il se lève, quitte son banc. Le rythme du pont s'empare d'eux. Ils partent de là d'où je viens. Je vais partir là où ils n'ont pas été. Mon corps se meut alors, propulsé par leur mouvement. Je vais être moi aussi absorbé par ce groupe diffus, par la nuit, par le temps.

Aujourd'hui, les pluies se sont installées. Il fait nuit. Les bruits sont devenus sourds, aspirés par le silence. Un bâtiment s'érige. Mais le temps a une autre prise sur cet autre lieu que je traverse. Pourtant, c'est à ce pont que je pense quand je m'en retourne chez moi, transie.


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vendredi 16 octobre 2009

Vue d'une terrasse de café.

Assise.
A la terrasse d'un café.
Je regarde.
Des touristes.
Ils passent. D'autres s'installent avec leur consommation.
Le ciel s'est bouché mais la lumière – aveuglante – parvient à filtrer au travers des nuages.

J'écris. Quoi ? Je n'en sais rien. Tout ce à quoi j'avais réfléchi... tout ce que je voulais écrire depuis des jours reste bloqué quelque part dans ma tête. La page blanche a fait son oeuvre. Il ne me reste plus qu'à prêter attention au passage – prêtons attention au passage – qui m'entoure, le saisir, le décrire et le laisser partir. Une histoire en surgira peut-être.

Un homme, dans la trentaine, tatouage à la cheville gauche est arrivé sur son vélo, en est descendu. Il semblait connaître le couple qui est accoudé sur la table/guéridon Coca-Cola du marchand de cigarettes. Mais non. Il est entré dans le magasin puis ressorti. Il a enfourché son vélo puis, est reparti. Où ? Dans son quotidien ? Dans son extraordinaire ? Nul ne sait.

Un couple, amoureux, est passé à vélo. Un regard. Ils s'aiment. Ffffuit, ils sont passés.

Des voitures, des camions passent, circulent dans les deux sens, se dirigeant chacun vers son destin – opposés.

Un sweat noir, des lunettes dernier cri, il attend ses deux amis, s'étire, baille. Son amie l'a rejoint puis le troisième, ils ont une bouteille à la main. Ffffuitt, ils sont passés.

Comment saisir un lieu où l'on passe ? Certains lieux sont ainsi. Il émane d'eux une sorte de repoussoir. Je ne suis qu'un lieu de passage, semblent-ils crier. Même les chaises de la terrasse le clament. Si elles n'ont pas de pic, si elles sont sans punaise retournée, elles n'incitent pas à rester. L'assise s'effondre. Il faut faire un effort pour ne pas se lever et courir au loin. Il faut faire un effort pour être là, dans l'inconfort. Le mouvement des passants invite à se lever et à rejoindre un autre point qui sera une destination où, confortablement, cette fois, on se lovera dans un fauteuil destiné à nous recevoir.

La destination.

Pendant ces réflexions, le flot est resté, continu, tel le sable dans un sablier qui ne s'interrompt que pour repartir dans l'autre sens. Même les moineaux semblent suivre ce mouvement. Ils viennent picorer les restes abandonnés dans leur fuite par ceux qui se sont attardés sur la terrasse. Ils ne s'arrêtent qu'à peine et repartent à l'aventure, oubliant de piailler.

Une force s'exerce conduisant les passants à fuir. Peut-être quelque chose est tapi, proche, prêt à surgir dans la lumière grise. Dans l'attente, mon regard se porte de temps à autre vers ce bâtiment qui engloutit les passants et les recrache, plus impatients. A y regarder de plus près, ils ne ressortent pas comme ils sont entrés. Même si les corps se meuvent, ce mouvement est une fuite.


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