dimanche 11 décembre 2011

Et voici les premières photos de Rhapsodie Berlinoise (3 décembre 2011)

 Photo : Liam Scott Ward
 Photo : Liam Scott Ward
Photo : Liam Scott Ward

dimanche 27 novembre 2011

Rhapsodie Berlinoise

Comme vous l'avez sans doute remarqué, je n'ai rien posté depuis quelques semaines... C'est parce que je travaillais avec Adeline, Stéphane et Marine sur une lecture publique des petites coquilles (et autres polars) :

vendredi 14 octobre 2011

Féérie matinale


La sonnerie s’extirpe du songe. Puis s’arrête. Puis reprend. Encore. Mes yeux s’ouvrent et vont du chaos du rêve au chaos du jour. A chaque mouvement, mon corps prend conscience. A travers les persiennes bordeaux, le bleu du ciel s’échappe. Se lever et quitter la chaleur de la chemise de nuit. Passer le pantalon, puis le T-shirt et enfin, le sweat-shirt. Debout dans la mi-pénombre, je cherche des chaussettes sous un amas de vêtements, reliefs des jours passés. A moitié éveillée, je me dirige enjambant des cartons à ranger un jour à venir, je tire la porte et vais laper l’eau qui coule du robinet de la salle de bain. Maintenant, je vérifie la poche kangourou de mon sweat. Les mouchoirs y sont encore. J’y glisse mon porte-monnaie. Je décroche mes clés et mets mes baskets, les clés toujours dans la main. Inconfortablement. J’ouvre la porte d’entrée, sort, la referme puis descends les escaliers, encore embrumée de la nuit. Traverser la petite cour. Passer la petite porte. Traverser le petit hall. Mon regard s’arrête sur la tête en stuc. Quelques pas et … ! La grande porte.

Je suis dans la rue qui se réveille. Ecouter les oiseaux. Le ciel est aussi bleu qu’il me l’avait promis. Atteindre vite le bosquet d’arbres qui ouvre l’entrée du parc. Un monde paisible surgit. La nuit ne s’est pas totalement évaporée de la pelouse. De la brume s’en élève, imprimant une pause temporelle. Des lutins pourraient surgir et danser la ronde. L’air sent la malice d’un jour qui point. Je suis le chemin et tourne à gauche.

Et je la vois cette toile longuement bâtie qui s’empare des couleurs du blanc, tissu précieux qu’une princesse aurait abandonnée, rentrant du bal avec ses chaussures usées. Le voile tendu entre quelques branches qui pendent dévoile une image altérée de la pelouse. Et la bâtisseuse a délaissé son logis. Elle s’est recroquevillée derrière une feuille et attend le retour de la nuit, impatiente.

Plus loin, des escaliers d’un château qui n’existe pas, caché parmi les arbres. Je leur tourne le dos et regarde. Le parc sort de sa torpeur. Une femme, ombre encore grisée, promène au bout de sa laisse un chien. Il furète de droite et de gauche. Bientôt, ils ont disparu. Et des cosses des arbres s’affalent dans un bruit sourd, étouffé par l’humus du bois. Où sont les lutins qui les font tomber ?

Couchée sur la marche de pierre, je contemple le vert sombre du feuillage dans le bleu du ciel. J’ai vu un de ceux qui se font passer pour les lutins : un écureuil saute d’une branche à l’autre avant de rejoindre son nid.

Et je m’étire. Je m’active. Je suis réveillée. Je repars et traverse le parc. Les petites maisons libèrent leurs habitants. Qui va à l’école. Qui va au travail.
A la boulangerie, je choisis mes petits pains blancs.
Dans ma cuisine, je suis assise devant mon thé chaud. L’ordinateur s’allume. Je me connecte au monde.


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mardi 13 septembre 2011

Revenir

Un temps ailleurs. Absence de sa ville, absence de soi-même.
Descendre de l’air, toucher la terre.
Reprendre le cours de la brise et monter dans une taxi.
La nuit est là, la ville indistincte qui défile est identique et changeante.
Les détails indéfinis hantent les souvenirs tangibles.
Dire son retour à l’homme qui conduit et dit son désir de fuite vers l’exotisme. Invente-t-il ? Mais n’importe son rêve, mon corps reprend possession en la nuit de sa ville.
Sa voix s’effiloche quand nous passons la masse sombre des bâtiments du port, le bois puis la Charité et bientôt...

Descendre du taxi, poser le pied sur ce trottoir cent fois foulé à ce carrefour mille fois traversé.
Halte indispensable avant l’arrivée définitive. Il faut récupérer la clé oubliée. Se faire comprendre dans une langue toujours présente à l’esprit mais que la langue n’a plus pratiquée depuis un temps qui semble s’étendre.
La clé en main s’engouffrer dans le taxi. A nouveau. Parcourir les quelques centaines de mètres, qui vite se restreignent en quelques dizaines.

Alourdie du bagage d’un été, parvenir au nid. Ouvrir la porte. Tout est là mais
différent.
Recenser ces différences. Parcourir chaque pièce avant que le sommeil ne tombe.


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mercredi 25 août 2010

Le meilleur ami de l'homme

Sur la berge du lac, ombragée, se tient un labrador noir. Dans l'eau, face à lui, nage un homme. Il voudrait que l'animal vienne jouer avec lui. Mais le chien a déjà sauté une fois dans l'eau. Cela ne lui plaît pas. Quand même, il voudrait jouer avec son maître.
Il a dans sa gueule une branche. Il la laisse tomber dans l'eau. L'homme, en quelques brassées, vient la chercher, recule et la lance quelques mètres plus loin.
Il attend. Le chien attend aussi. Puis il aboie, saute sur ses pattes arrières, aboie de nouveau. L'homme ira bien chercher son jouet !!
Et l'homme nage jusqu'à la branche, la saisit, la ramène et redonne au chien son trophée. L'homme est assez fier de lui-même, le chien est content de son maître. Ils voudraient encore jouer. Pour cela il faudrait que l'animal entre dans l'eau, quand il reste toujours humide de son premier bain.
Alors, la branche dans la gueule, il fait demi-tour, quitte son promontoire, passe derrière les arbres, s'ébroue. Il jette un dernier regard à son maître. L'homme appelle toujours son chien pour jouer. Mais le chien, trottant, va se faire bronzer sur la pelouse.



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samedi 7 août 2010

Titre à venir (partie 2)



Arrive alors F`` la chanteuse mezzo soprano. Très vite, avec U**, elle entre en studio. Petit échauffement. Petits accordements. Et ça y est le duo commence. D’abord une simple phrase qui sera répétée à plusieurs reprises. Finalement assez peu. F`` sait ce qu’U** veut : elle a répété chez elle dans ce sens. Trois prises sont faites. Elles nous rejoignent dans la salle de régie. Ecoute attentive. Musique sublime. Il faut reprendre un peu, le « L » n’est pas complètement satisfaisant et le volume un peu trop fort : les sons sont parasités. Retour en studio. De nouvelles prises. Avant même l’écoute, elles savent qu’elles ont ce qu’elles voulaient. Dans le même temps, P^^ et A'' se sont regardés. Ils sont enthousiastes devant cette prise. Retour rapide en régie. Ecoute. De nouveau dans la salle des pianos. « Dann kommt der Schwierige » (Et puis arrive le plus dur). Telle une espionne, je surprends leurs confidences de travail. De nouveau, le piano sonne. U** donne les premiers accords, et s’élève la voix de F``, précise dessinant sur le goniomètre des traits et des ronds parfaits. « Beauty is a secret trust » résonne baroquement réverbérant la beauté de l’âme du lieu. U** confie sa musique aux micros, mais aussi à ses compagnons. Léger moment de doute. Avez-vous bien pris ceci ? Oui, venez écouter. C’est vraiment beau. Ecoute attentive encore une fois. U** debout, la tête penchée en avant, concentrée. F`` s’est assise, ferme les yeux pour mieux entendre. Elles ne sont pas complètement satisfaites. Mais peut-être peut-on de nouveau entendre ? F`` n’est définitivement pas satisfaite. Il faut recommencer. Le travail de studio est un travail de répétitions jusqu’à saisir l’expression parfaite, la bonne prononciation, le bon accord entre les deux instruments, voix et piano. Travail pas à pas, travail de fourmi qui fait alterner jeu et écoute. Se figurer comment chaque morceaux, esquisse, se mettant bout à bout formera une œuvre complète. Enfin, arrive le moment où chacun est d’accord. Sublime.
Le départ de F`` permet la pause déjeuner. Pendant ce temps, je pars explorer les environs. Un café a été ouvert dans un bâtiment voisin. Il semble complètement anachronique, presque uchronique, dans un hors-temps. La décoration ressemble à celle de l’Allemagne de l’Est des années soixante, mais se superposent des éléments absolument contemporains : les prix en euros, les publicités pour des cafés italiens, la radio qui traite de sujets politiques européens, une boule à facettes. Ce lieu transporte dans une époque presque fictive.
Retour au studio. Fin de la pause déjeuner. L’après-midi est consacré à des raccords. Nous écoutons les enregistrements des derniers jours, moi à travers le casque. U** n’est pas toujours satisfaite. Je le devine plus que je ne l’entends puisque j’écoute encore la musique. Je regarde leurs corps en mouvement, en position d’écoute, puis leurs commentaires. Cela ressemble presque à un film muet pour lequel le pianiste et le batteur joueraient à contre-temps du film. Mais comment se repérer dans les différentes prises de son ? P^^ fait surgir sur l’ordinateur le compteur. Le temps s’est accumulé par tranche. Déjà 681 minutes ont été prises, soient près de 28 heures de travail. Pour retrouver quelques secondes insatisfaisantes, il faut se servir de notes prises les jours derniers, puis naviguer dans ces tranches de temps figées maintenant. Puis de nouvelles secondes, puis de nouvelles minutes se rajouterons à cette bande sonore dont des passages sont dupliqués. Comme si on faisait un copier-coller du temps qui se superposeraient à de nouvelles expériences.
Et toujours lors de l’écoute le fil vert se tend et se détend au gré de sons chiffonnés, ronds, triangulaires ou étirés. Et toujours les aiguilles de l’horloge avancent, me rapprochant de ce moment où je devrai quitter le studio. Je n’étais venue que pour faire la petite souris, regarder la création d’un album avec la confrontation de différents mondes musicaux qui parviennent, dans celui d’U** à communiquer. Elle se remet au piano quand je quitte le studio.




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vendredi 6 août 2010

Titre à venir (partie 1)



Le rendez-vous était donné à 10h. Pour la première fois, j’entrerai dans un studio d’enregistrement !
Bien sûr j’avais déjà vu des extraits de films qui se déroulaient en studio. Mais cette fois-ci, ce serait pour de vrai. Cerise sur le gâteau, le studio se trouve dans les anciens locaux de la radio d’Allemagne de l’est, au bord de la Spree. Des bâtiments, qui datent de bientôt soixante ans ! Un lieu à l’âme incroyable, mais dont chaque pas fait résonner le vide qui aujourd’hui l’occupe. Certes les plus grands orchestres et artistes, comme Sting, viennent y enregistrer leurs albums tant leur qualité acoustique est bonne. Mais ces bâtiments ne sont que très peu utilisés en comparaison à cette qualité.
Nous irons en voiture, traversant Prenzlauerberg, Friedrichain pour arriver à Köpenick, ou plutôt Oberschöneweide. En chemin, U** et son assistant P^^ font un rapide bilan des derniers jours d’enregistrement et du programme de la journée. Une chanteuse mezzo-soprano, F``, doit nous rejoindre au studio. U** et elle travailleront un ou deux morceaux, dont Lament. Mais nous sommes déjà arrivés devant la Funkhaus Nalepastraße. Nous longeons les bâtiments de briques pour nous arrêter devant un édifice en quart de cercle, impressionnant par sa taille. L’extrémité donne sur la Spree, face à une forêt. Nous ne sommes pas loin du centre de Berlin, mais nous voici au milieu de la campagne.
Les sonorités, ou plutôt la manière dont retentissent les bruits est différente selon les emplacements dans le bâtiment. Dans les couloirs, ils résonnent, froids. A l’intérieur la pièce de régie, les sons sont enveloppés de chaleur. Dans le studio dédié au texte, ils sont étouffés. On y deviendrait fou, dit P^^, car ils ne reviennent pas. Ce studio permet de faire le doublage des scènes tournées en extérieur. La salle consacrée aujourd’hui à l’enregistrement ressemble à un musée du clavier : un vieux piano électrique, déchapeauté laisse voir sa matrice électronique ; un orgue d'étude a une note bloquée ; un piano-jouet est posé sur un tabouret haut, offrant une extension au grand piano à queue, Impérial, prêté par Bechstein. Ce dernier cache un demi-queue, qui ne servira pas. De longs rideaux ferment par endroit l’espace. Ils semblent avoir été laissés ainsi au hasard. Mais non. Ils produisent une réverbération du son particulière, le rendant plus chaleureux. Cette résonance convient tout à fait à la musique d’U**. Enfin le premier studio qui emmène à la salle des piano ou à un autre couloir, ressemble à la caverne d’Ali Baba. Des panneaux plus ou moins ouverts, de vieux amplis, ronds, blancs, une trottinette. Celle-ci est le moyen de locomotion dans le grand couloir qui ouvre par une baie vitrée sur la Spree. Le marbre au sol est sublime, tout comme les bois utilisés partout pour recouvrir les murs, quand ce ne sont pas les tentures rouges et crème. Enfin, chaque pièce communique par des doubles portes, les isolant les unes les autres tandis que des doubles vitres les font communiquer visuellement avec le studio de régie. Mais pas la salle des pianos dont les rideaux sont tirés.
Le seul moyen de savoir ce qu’il se passe dans cette pièce est d’affuter son oreille et de laisser son imagination courir. Mais avant cette étape, il y a la mise en condition et la concentration. Nous avons rejoint A'', le propriétaire et ingénieur du studio qui travaille depuis longtemps avec U**. C’est avec lui qu’elle enregistre les hörspiele. Il connaît bien sa musique et sa manière de travailler. Chacun reprend ses repères : U** me fait visiter les différents studios, le bâtiment, P^^ et A'' finissent de brancher les ordinateurs portables. On s’échange les impressions sur les enregistrements de la veille. Est-ce que cela s’est bien passé ? Oui. Et la découverte de T. ? Sa musique surprend. Est-ce de la musique ? Il manipule au gré de son inspiration des petites manettes, reliées à des sons sinusoïdaux, tellement aigus qu’ils sont parfois difficilement supportables. Encore quelques instants et l’on écoutera ce qui a été mis en boîte la veille. Le temps de passer quelques coups de téléphone, de reprendre possession du lieu, d’habituer le corps, l’ouïe à cet espace si étrange. Le temps d’être fascinée par tous ces objets qui clignotent, ces fils partent des meubles, des ordinateurs. Le plus fascinant est le goniomètre. Il ressemble à l’oscilloscope sur lequel nous faisions nos expérience en sciences physiques. Mais il ne marque qu’un point au repos. Lorsque le son surgit de l’ordinateur où il a été enregistré, ce point s’étire et forme des figures. Ce sont alors des cercles à la ligne précise, des traits verticaux ou obliques ou alors de petites pelotes de fils verts. Le son semble, à travers cette fenêtre, vouloir s’échapper, et prendre vie. Cet appareil sert à visualiser la différence de phases du son entre deux points, mais le résultat est particulièrement joli.
En écoutant les différents Moments enregistrés les jours précédents, le fil vert s’étire, se tort, se contorsionne, puis soudain forme un cercle parfait. Ces morceaux s’intercaleront entre de plus longs. Ils reprennent des thèmes repris des derniers Hörspiele de U**. T°° a improvisé sur la partie piano jouée par U**. Des sonorités aiguës entrent en tension avec la rondeur du piano. Deux langues musicales différentes sont en train de se parler. Plongée dans l’écoute, le temps semble s’étirer, je ne le perçois plus. Ce dialogue m’a transportée au cœur de la musique. Puis cela s’arrête. Il y aura des changements à faire. Les avis sont partagés car l’écoute dans ces morceaux n’est pas évidentes. Certains sons sont dérangeants. Ils contrastent totalement avec le reste de l’album plus chaleureux, plus sentimental, peut-être. Mais la tension qu’ils créent laissent entrevoir quelque chose de nouveau, d’indéfinissable. Je repense au jeudi précédent quand U** et T°° se sont rencontrés. Chacun connaissait l’univers de l’autre mais n’avaient pas encore travaillé ensemble. Dès les premiers contacts, pourtant, ils ont trouvé un dialogue possible.




Ce texte a été écrit entre décembre et janvier derniers. Comme je n'ai pas les autorisations par les personnes citées pour donner leur nom, tu ne trouveras que les initiales avec des petits signes personnalisés pour chacune afin de faciliter la lecture. Demain, je publierai la suite du texte. Si j'y pense, je publierai le texte en entier quand l'album paraîtra à l'automne prochain. A demain !

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samedi 24 juillet 2010

Haïku berlinois #2 (essai)

L'hiver fait ployer les arbres
Sous une couche laiteuse. L'été,
Virevoltent les flocons duveteux
Echappés des arbres, allégés.




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vendredi 23 juillet 2010

Maximes berlinoises #1

Lacs d'hiver, prends tes patins
Lacs d'été, mets ton maillot.

Variante
Lacs d'hiver, chausse tes patins
Lacs d'été, enlève ton maillot.




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jeudi 22 juillet 2010

Haïku berlinois #1 (essai)

Les panneaux publicitaires se promènent,
Emportés par les bonshommes,
Au cœur de la nuit souterraine.




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samedi 17 juillet 2010

Nuit à l'accordéon.

Beauté de la nuit silencieuse que déchire le chant de l'accordéon.
Bonnes gens ne dormez plus ! SORTEZ, DANSEZ, QUITTEZ VOTRE LASSITUDE ! Laissez cette douleur chez vous et amusons-nous !

Et l'accordéon avance. Et le couple épris est pris dans la danse dionysienne !

Rêvons, parlons, chantons, dansons !

Le murmure de la ville s'étend au loin qui disparaît dans la mélodie de l'instrument.

Que nuit n'ait plus de fin ! Qu'accordéon et ritournelle happent le jour à naître !

Lui-même, l'accordéoniste, torse-nu, à la peau effleurée par la lumière, s'impatiente du jour et termine la chanson. Ecartelé dans un espace-temps étrange, il se perd, se rhabille et part.




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mardi 13 juillet 2010

Et lux fiat.

Dans une rue de Prenzlauerberg. Ils sont deux, elle et lui. Ils ont posé un appareil photo.

Maintenant ils attendent.

Passent des inconnus qui ne voient pas. C'est le soir qui tombe. Le jour résiste.
Les serveurs du restaurant mangent.
Passent des inconnus qui voient et regardent. L'objectif est fixé sur la lampe. Ils regardent ceux qui attendent puis poursuivent leur route.

Ils attendent toujours. Ils s'ennuient.

Le soir tombe mais lentement comme un ralenti encore ralenti. Très long.

Ils attendent donc. Le vent agite les feuilles des arbres. Les serveurs ont fini leur repas. Arrivent les clients.

Elle part, lui reste. Et le pied. Et l'appareil photo. Et le jour résiste. Et le soir tombe ou plutôt, il fait mine de tomber, coquettement.

Passent toujours des inconnus. Certains regardent, d'autres non.
Le vent, toujours, remue les feuilles de l'arbre, à côté de la lampe, qui ne se meut pas.

Elle revient tenant deux sacs. Un pour chacun. Ils mangent. A même la rue. Dans le soir qui ne tombe pas.
Elle a fini.
Elle attend.
Le soir a dû tomber, une horloge murale s'éclaire.
Il pose son repas sur le sol.
Il s'approche de l'appareil.
20h58.
Et fiat lux. Et il fait nuit.




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vendredi 12 mars 2010

Chuter

Au milieu de l'après-midi, la nuit est tombée. Le noir m'environne au sortir du tram. Quelques sources lumineuses rectangulaires, le bruit discontinu et irrégulier des voitures indiquent ma présence au cœur de la ville. La neige, dépôt blanc sur la ville, est devenue glace depuis quelques jours et donne à Berlin des allures de films de Chaplin.

Avancer en faisant attention. Regarder au sol cette vitre opaque et glissante. Mesurer chaque pas. Puis l'espace d'une seconde, s'égarer dans ses pensées, oublier sa progression. Se retrouver alors les quatre fers en l'air, les fesses endolories.

Entre ces deux instants, un temps en suspension, comme l'évidence
d'une catastrophe pressentie, comme portée en soi, depuis le réveil.
Sans avoir le temps de se dire « je le savais », on le sait.
Tenter de se rattraper sans rien à quoi se raccrocher,
sinon le sol sur lequel on atterrit,
douloureusement.




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vendredi 26 février 2010

Polars à Berlin

Chère lectrice, cher lecteur,

A quelques centaines de kilomètres de Berlin, c'est-à-dire à Paris, se trouve la compagnie Les Croq'mots qui assure tous les deux mois un service de polars au bar de l'Assassin. Je fais partie de cette compagnie, mais je suis trop loin pour lire. Alors, j'ai décidé d'écrire moi aussi des polars. Comme ce n'est pas tout à fait dans la même ligne que Coquilles in Berlin, j'ai créé un deuxième blog Polars à Berlin. Dès maintenant, cher lecteur, chère lectrice, un crime t'y attend.
Je te souhaite une très bonne lecture !

Céline V.

vendredi 19 février 2010

Rigaerstrasse 105

Je suis dans le troisième train. De Mannheim à Berlin. Je n'écris pas. Depuis le début, je veux écrire sur ce lieu, sur sa chaleur, sur sa convivialité. Je veux écrire tout. Tout décrire. Comment ? Par quoi commencer ? L'idée de cette place ? Un café où chacun peut venir, apposer sa pierre à l'édifice comme les quatre fondateurs qui ont construit cet espace : galerie, salon de thé, salle de bain, chambre noire. Dès sa création, cet endroit avait rencontré des compagnons de route qui y ont trouvé leur place, accueillant les nouveaux-venus. Des aventures parallèles ont ici débuté, des amitiés, et des amours.

Je suis à Mannheim. Arrêt de quelques heures au cœur de la nuit. Un bout de voyage avec un des quatre fondateurs. Ces trois mousquetaires ont construit, collecté du matériel pour créer le mobilier. Puis, une fois le café lancé, ils avaient fait la publicité. C'est comme cela, qu'un soir d'été je les avais rencontré : « Un workshop de musique électronique ? Gratuit ? Bien sûr, je viens ! ». Très régulièrement, j'y suis revenue, rencontrant de nouvelles personnes, toutes plus époustouflantes les unes que les autres.

Je suis dans le deuxième train. De Paris à Mannheim. Je pense à ce café où j'ai l'habitude d'aller. Il suffit de se laisser tomber sur les canapés : on se sent chez soi. Arrivée seule ou accompagnée, je suis interpelée : Hey ! Céline ! Wie geht's ? Et chaque fois, de nouvelles rencontres, de longues discussions jusqu'au lever du jour, de nouvelles chorégraphies réinventent cet instant où je pousse la porte.

Je suis à Paris. Quelques heures à passer devant la gare de l'Est. Il ferait presque chaud si l'on compare à cet hiver rigoureux qui attend à Berlin. Je suis dans ce bar PMU. En transition. J'écris mais je recommencerai de nouveau, encore et encore, ne parvenant pas à trouver les mots pour décrire mes amis que je rencontrerai pour le changement d'année.

Je suis dans le premier train celui qui va à Paris. Je dors. Mais je pense à ce café, au chemin pour y aller. Descendre avec le tramway 10 à Bersarinplatz. La place des salamandres. Faire un quart de tour dans le sens des aiguilles d'une montre. Vous êtes à Rigaerstrasse. Laissez la librairie, le spätkauf. Vous êtes au 105. Poussez la porte.

La buée envahit mes lunettes.
Hey Céline !
Je suis arrivée.




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jeudi 28 janvier 2010

Soir

« Le soir est la meilleure partie de la journée
C'est le moment où l'on peut s'arrêter et contempler. »
Avant de reprendre sa route
Avant de reprendre ses occupations

Tout peut encore changer au cœur de la nuit
Avant le sommeil
Avant cet autre jour
Avant ce matin que je ne verrai pas.
Puis la journée passe et défile de ses minuscules changements
Un arrêt au moment où le soleil se couche
Tout peut encore changer
Tout peut redevenir possible
De ce qui, le matin ne l'était pas.

Ce ne sont que quelques tournants
Réduits du temps qui a passé
D'autant plus réduits
D'autant plus restreints
Que ce que j'ai vécu n'était motivé
D'aucun choix.
Coucher de soleil :
Sera ma nuit comme la journée que j'ai manquée ?
C'est ce que me rappelle la nuit qui tombe
Sur la Spree qui déjà noircie s'étend
Encaissée entre des bâtiments.

Le ciel embrasé
Du rouge à l'orange
Annonce une nuit qui vient
Trop tôt
Offrant son choix
Niant toute velléité.
Que sera ma nuit ?
Le ciel n'est que touches de peintures
De couleurs improbables,
Ambrées
Invitant à l'arrêt,
A la suspension ;
Le ciel borde le soleil
Libérant à la nouveauté.



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lundi 4 janvier 2010

Bonne année !!

Avec un peu de retard, je te souhaite, cher Lecteur, une très belle année 2010 ! Qu'elle t'apporte tout ce que tu souhaite ! Quant à moi, je prends la bonne résolution de poster plus souvent !!
A très bientôt pour le prochain texte (je le corrige en ce moment !).

Céline

dimanche 6 décembre 2009

Utopie

J'aime les magasins magiques. Ce sont des magasins où l'on est pas obligé d'acheter pour repartir avec ce dont a besoin. Parfois on a juste payé avec un peu de temps. Parfois, on a juste laissé des objets dont on n'a pas besoin qui feront le bonheur de ceux qui passeront après.
Je déteste les supermarchés, avec un choix si important de denrées qu'on ne pourra pas s'offrir. Avec son ratio remarquable de chômeurs, comment Berlin fait-il pour s'offrir autant de grandes chaînes et comment font-elles pour de ne pas produire plus de sans emploi ?
J'aimerais qu'il existe un magasin qui proposerait le nécessaire pour un individu moyen. Non pas quinze ou vingt sortes de yaourts, mais deux. Pour la première, ce ne serait que des yaourts natures, simples, peu onéreux, mais à la qualité certaine. Au client de rajouter sa confiture, ses fruits, ses pépites de chocolat ou son müesli. A chaque repas, il créerait sa propre recette. Pour la seconde, ce serait une seule sorte de yaourts fabriqués dans la région (dans un rayon inférieur à cinquante kilomètres), vendus en emballage réutilisable, consigné que le client ramènenait lors des achats suivants. Ce rayon de cinquante kilomètres développerait l'industrie agro-alimentaire de petite échelle de la région, diminuerait la pollution générée par l'importation de produits. La première catégorie participerait à l'élaboration d'échanges commerciaux à une plus grande échelle. Les deux types de produits permettraient de proposer une marchandise peu chère.

Le propriétaire du magasin serait un homme heureux. Il serait en contact avec des producteurs, non simplement avec des centrales d'achat, plaques tournantes d'humains et d'objets. Il créerait directement des emplois.
Ses employés seraient aussi heureux. Ils auraient du temps pour prendre soin des clients, connaître leurs habitudes, les conseillers.
Le client serait aussi une personne heureuse. Il ne serait plus l'individu x ou y, répertorié dans la catégorie : « achète des yaourts, des couches et du liquide de refroidissement ». Non. Il serait Monsieur Dupont ou Madame Dupuis qui sourit en saluant et qui vient tous les mardis. Mais qui n'était pas là la semaine dernière. « Etiez-vous malade ou bien en vacances ?
Ni l'un ni l'autre, je vous avais fait une infidélité, mais me voici de nouveau. J'aime venir ici. »
Le client serait heureux ; il ne perdrait plus de temps à choisir son yaourt, ce temps si précieux qu'il réserverait à des activités plus enrichissantes. Le clients serait heureux, il ne serait plus frustré chaque semaine par tous ces produits censé le définir.

Bien sûr, il ne trouverait pas tout dans cette boutique. Bien sûr, il ne pourrait pas tout s'offrir. Mais il serait acteur de son magasin. Il pourrait demander tel type de produit. Il ramènerait ses emballages et participerait à préserver l'environnement pour ses enfants, ses neveux et nièces, les enfants de l'école du quartier. Il serait responsable du monde qu'à chaque instant il créerait. Il y aurait sa place active.

Peut-il y avoir du bonheur dans un magasin ? Le tableau semble idyllique et naïf. Mais de quoi a-t-on besoin réellement ? N'est-ce pas déjà cette question, la première étape à la félicité ? Ces affiches vantant la satisfaction d'acheter des denrées qu'on ne peut s'offrir à moins de s'endetter ne bradent-elles pas le bonheur ?


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dimanche 15 novembre 2009

Nyctalope.

C'était avant les pluies. L'air était sec. Les sons se répercutaient étrangement. Je m'arrêtai sur le pont. Déjà le rose du ciel était embué par le noir de la nuit, froissant la ligne d'horizon. Les rythmes du temps se superposaient, s'emmêlant.
Sur la route, les camions et les voitures se croisaient. Les vélos, avec leur tempo plus lent, avançaient inexorablement de l'autre côté, grimpant puis redescendant. Les passants affairés ne parvenaient pas à suivre. Plus lentement, ils allaient eux aussi, arpentant cet espace en suspension.
Et la nuit embuait le ciel. A l'horizon, les voies des S-Bahn lançaient une invitation à voyager. Partir dans cette nuit tombante pour arriver au matin à l'ouest. Ou, simplement, revenir d'un de ces itinéraires circulaires, épuisé, au point de départ, où l'on avait rêvé d'un exotisme qui ne viendra plus.

Sur le terre-plein, un couple discute, insouciant du passage incessant, bruyant, qui l'entoure. Insouciant du temps. Pour l'instant, ce couple n'existe que pour lui. Chacun n'est concentré que sur l'autre. Plus rien n'a prise, si ce n'est le regard qu'ils se portent, réciproquement. Ils sont perdus dans leur discussion, perdus au cœur de la ville. Ils ont créé leur no man's land. Leur présence réciproque a créé un mur infranchissable. S'en approcher conduirait à l'indiscrétion tant leur félicité est grande.
Sous mes pieds, les S-Bahn passent. Totalement arythmiques, arrivant et repartant, ils produisent des syncopes dans la partition de la ville. Ils ponctuent le mouvement plus régulier des moteurs que les voix contre-pointent par moment, au gré des passages. L'entrechoquement des roues métalliques sur les rails fait silence le temps de recracher son quota de voyageurs. Qui remontent à la surface du pont. Puis traversent, non pas une foule, mais un attroupement de groupuscules. Ces duos, trios, quatuors sont absents au passage qui les traversent, l'absorbant. A un moment, je devrais me diriger vers ce groupe. Mais comment se mouvoir vers cette entité inquiétante et multiple ?
La nuit ingère elle aussi le jour. Le rose laisse toujours plus de place au noir de cette nuit qui vient. Il est déjà devenu prune, et va sauter vers puce.
Le couple se lève. Leur espace s'ouvre sur la ville. Il se lève, quitte son banc. Le rythme du pont s'empare d'eux. Ils partent de là d'où je viens. Je vais partir là où ils n'ont pas été. Mon corps se meut alors, propulsé par leur mouvement. Je vais être moi aussi absorbé par ce groupe diffus, par la nuit, par le temps.

Aujourd'hui, les pluies se sont installées. Il fait nuit. Les bruits sont devenus sourds, aspirés par le silence. Un bâtiment s'érige. Mais le temps a une autre prise sur cet autre lieu que je traverse. Pourtant, c'est à ce pont que je pense quand je m'en retourne chez moi, transie.


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vendredi 16 octobre 2009

Vue d'une terrasse de café.

Assise.
A la terrasse d'un café.
Je regarde.
Des touristes.
Ils passent. D'autres s'installent avec leur consommation.
Le ciel s'est bouché mais la lumière – aveuglante – parvient à filtrer au travers des nuages.

J'écris. Quoi ? Je n'en sais rien. Tout ce à quoi j'avais réfléchi... tout ce que je voulais écrire depuis des jours reste bloqué quelque part dans ma tête. La page blanche a fait son oeuvre. Il ne me reste plus qu'à prêter attention au passage – prêtons attention au passage – qui m'entoure, le saisir, le décrire et le laisser partir. Une histoire en surgira peut-être.

Un homme, dans la trentaine, tatouage à la cheville gauche est arrivé sur son vélo, en est descendu. Il semblait connaître le couple qui est accoudé sur la table/guéridon Coca-Cola du marchand de cigarettes. Mais non. Il est entré dans le magasin puis ressorti. Il a enfourché son vélo puis, est reparti. Où ? Dans son quotidien ? Dans son extraordinaire ? Nul ne sait.

Un couple, amoureux, est passé à vélo. Un regard. Ils s'aiment. Ffffuit, ils sont passés.

Des voitures, des camions passent, circulent dans les deux sens, se dirigeant chacun vers son destin – opposés.

Un sweat noir, des lunettes dernier cri, il attend ses deux amis, s'étire, baille. Son amie l'a rejoint puis le troisième, ils ont une bouteille à la main. Ffffuitt, ils sont passés.

Comment saisir un lieu où l'on passe ? Certains lieux sont ainsi. Il émane d'eux une sorte de repoussoir. Je ne suis qu'un lieu de passage, semblent-ils crier. Même les chaises de la terrasse le clament. Si elles n'ont pas de pic, si elles sont sans punaise retournée, elles n'incitent pas à rester. L'assise s'effondre. Il faut faire un effort pour ne pas se lever et courir au loin. Il faut faire un effort pour être là, dans l'inconfort. Le mouvement des passants invite à se lever et à rejoindre un autre point qui sera une destination où, confortablement, cette fois, on se lovera dans un fauteuil destiné à nous recevoir.

La destination.

Pendant ces réflexions, le flot est resté, continu, tel le sable dans un sablier qui ne s'interrompt que pour repartir dans l'autre sens. Même les moineaux semblent suivre ce mouvement. Ils viennent picorer les restes abandonnés dans leur fuite par ceux qui se sont attardés sur la terrasse. Ils ne s'arrêtent qu'à peine et repartent à l'aventure, oubliant de piailler.

Une force s'exerce conduisant les passants à fuir. Peut-être quelque chose est tapi, proche, prêt à surgir dans la lumière grise. Dans l'attente, mon regard se porte de temps à autre vers ce bâtiment qui engloutit les passants et les recrache, plus impatients. A y regarder de plus près, ils ne ressortent pas comme ils sont entrés. Même si les corps se meuvent, ce mouvement est une fuite.


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